Mutisme sélectif : ces enfants qui parlent à la maison, mais pas à l’école
À la maison, ils racontent leur journée ; en classe, les mots semblent impossibles à prononcer.

Ce contraste peut dérouter les parents et les enseignants. Comment un enfant bavard avec ses proches peut-il rester silencieux à l’école ? Le mutisme sélectif est un trouble anxieux qui peut expliquer cette situation. Il nécessite une évaluation, car tous les silences ne relèvent pas du même problème.
Un blocage lié à l’anxiété
Malgré son nom, le mutisme sélectif ne signifie pas que l’enfant choisit les personnes auxquelles il accepte de parler. Dans certaines situations sociales, l’anxiété peut l’empêcher de prendre la parole, alors qu’il parle librement dans d’autres contextes.
Insister sur le fait qu’il « sait pourtant parler » ne suffit donc pas à débloquer la situation. Ce silence ne doit pas être interprété comme un caprice, une provocation ou un manque de politesse. L’enjeu est de comprendre ce qui rend la communication difficile.
Des manifestations qui varient selon les situations
Certains enfants ne parlent pas à leur enseignant, mais échangent avec un camarade. D’autres chuchotent, répondent par des gestes ou restent figés lorsqu’une question leur est adressée. Le lieu, les personnes présentes et l’activité peuvent modifier leur aisance.
La gêne peut dépasser la participation aux leçons. Demander de l’aide, signaler une douleur ou demander à aller aux toilettes devient parfois difficile. Un enfant silencieux peut ainsi avoir des besoins importants sans parvenir à les exprimer clairement.
Quand faut-il demander un avis ?
Une réserve passagère dans un environnement nouveau ne suffit pas à évoquer ce trouble. Les critères diagnostiques tiennent notamment compte d’une difficulté persistante, pendant au moins un mois, qui ne se limite pas au premier mois de scolarisation et gêne la vie scolaire ou sociale.
Il n’est toutefois pas nécessaire d’attendre ce délai pour demander conseil si l’enfant souffre. Un médecin ou un pédiatre peut orienter vers des professionnels connaissant le mutisme sélectif. Le diagnostic repose sur l’ensemble de la situation, et non sur une simple observation en classe.
Une évaluation qui associe plusieurs regards
Les échanges avec la famille et l’école permettent de préciser où, quand et avec qui l’enfant parle. Selon les besoins, le bilan explore aussi l’audition, le langage, le développement et les autres manifestations d’anxiété.
Chez un enfant qui apprend la langue de l’école, il faut distinguer un manque de familiarité linguistique d’un blocage anxieux. Plusieurs difficultés peuvent également coexister. Une vidéo prise dans un cadre familial rassurant peut parfois aider les professionnels à observer ses capacités de communication.
Aider sans imposer une prise de parole
Éviter les interrogations publiques insistantes et les remarques sur son silence peut réduire la pression. À l’école, un moyen discret de signaler ses besoins, par un geste ou une carte, permet de préserver sa participation et son confort.
L’accompagnement peut inclure des approches comportementales ou cognitives et comportementales, avec des étapes progressives adaptées à l’enfant. Parents, enseignants et soignants travaillent alors vers des objectifs communs. Le but est de rendre la communication progressivement plus accessible, sans forcer l’enfant ni attendre simplement que cela passe.
Sources : NHS, mutisme sélectif ; ASHA, évaluation et accompagnement du mutisme sélectif ; Child Mind Institute, guide pour les parents.
